Visualiser l’informel : cartographier, c’est raconter d’autres histoires
Le propre des réseaux militants est leur fugacité, leur fluidité. Trop fragiles pour figurer sur les plans officiels, trop mouvants pour les archives classiques. Pourtant, la cartographie low-tech est un art de la mémoire vive.
Lors du Campement des Soulèvements de la Terre à Sainte-Soline, la présence d’une « carte papier géante » dessinée à la main, éditée en live au fil des événements, a permis de coordonner les zones de repos, d’action et les points sensibles, tout en encourageant l’autonomisation rapide des arrivant·es (Source : témoignages publiés dans Reporterre, 25 mars 2023).
Ce sont aussi les cartes du REC « Répertoire des Espaces Collectifs », réalisées à la fois en ligne et sur des affiches murales dans les squats, qui prolifèrent sur les murs de Marseille ou Nantes, relayant adresses et temporalités des espaces hospitaliers, ateliers et espaces autogérés (source : collectif REC [rec-cartographie.org]).
Loin de vouloir tout contrôler, ces outils acceptent le flou : des zones d’ombres, des temporalités changeantes, et même la possibilité de disparaître. Les réseaux de soutien aux personnes migrantes balisent les chemins de l’exil avec des cartes-étoiles, agrafées sur des vêtements ou partagées oralement pour esquiver la répression et l’arbitraire. Les « cartes de bouche à oreille », technique chère aux zapatistes du Chiapas et au réseau No Border, sont encore aujourd’hui moyens de survie collective.