L’histoire d’une conquête fertile : la friche, d’abandon à réinvention collective
La notion de « friche » n’est pas neuve. Née dans le vocabulaire agricole, elle a été réinvestie par l’urbain au fil des désindustrialisation, des crises et des mutations du territoire. Selon le rapport de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), la France comptait déjà en 2021 près de 7 000 friches urbaines recensées, s’étalant sur plus de 90 000 hectares (source : ANCT).
Longtemps perçues comme des « taches vides », ces terres en creux, ni tout à fait mortes, ni vraiment vivantes, se transmuent peu à peu en zone d’expérimentation. À Marseille, Bordeaux, Lyon, Lille, Paris, mais aussi dans de plus petites villes à l’image de Clermont-Ferrand ou Mulhouse, la cartographie des alternatives s’écrit dorénavant dans ces interstices, portés par des collectifs qui refusent la vacance et imaginent de nouveaux usages éphémères ou prolongés.
- Renaissance du 104 à Paris, ancienne entreprise de pompes funèbres devenue fabrique plurielle des arts et laboratoire d’expériences collaboratives.
- Transformation de La Friche la Belle de Mai à Marseille, cité d’artistes, ateliers, cinémas, jardins partagés poussant là où s’empoussiéraient les anciennes manufactures de tabac.
- Naissance de la Bellevilloise, squat artistique devenu modèle d’économie sociale et tiers-lieu culturel.
Ces exemples – et combien d’autres moins connus –, racontent une histoire de prise d’initiative collective face à l’urgence écologique, à la soif de lien social et à la volonté de politiser l’espace public.