Usages, limites et angles morts de la cartographie alternative
La promesse de la carte, c’est le partage, la rencontre, la vie communautaire enracinée dans la forêt, la prairie, la grange réhabilitée. Mais ce mirage numérique rencontre aussi ses paradoxes. D’abord, tous les collectifs ne souhaitent pas être visibles, particulièrement dans des contextes de luttes sensibles (Basta !, 2023).
D’autres vivent à l’écart des réseaux pour préserver une forme de radicalité, ou par peur des pressions administratives (expropriations, évacuations, visites inopinées…). Une enquête menée en 2022 par le Mouvement Interrégional Tiers-Lieux estime qu’environ 30 % des lieux ruraux autogérés en France refusent leur inscription même sur des cartographies ouvertes. Enfin, bien des cartes "grappillent" dans leur recensement : mises à jour irrégulières, infos obsolètes, contact rompu...
- La frontière entre lieux juridiques (associations, coopératives, SCIC) et espaces informels, voire "hors normes", complexifie encore les recherches.
- Certains lieux revendiquent l’anonymat ou le passage par "bouche à oreille", renouant avec des logiques millénaires d’entraide discrète.
- Les plateformes numériques reproduisent parfois les inégalités de visibilité : collectifs connectés contre la marginalité des plus précaires.